The Fall of Gondolin – J.R.R. Tolkien

The Fall of Gondolin – J.R.R. Tolkien

Décidément toujours en forme même si il est mort depuis plus de 45 ans (vive la nécromancie), papi Tolkien continue à sortir des bouquins a un rythme plus qu’honorable (prend ça George RR Martin!)

Du coup après Beren et Luthien, j’ai lu cette année The Fall of Gondolin, le dernier Tolkien en date. 

1 Le livre

Comme le précédent, le livre est assez magnifique: superbe édition avec carte, lexique et index détaillés, et de superbes illustrations. De ce côté là, c’est toujours nickel. 

De même il reprend la même idée que le précédent, c’est à dire une compilations de plusieurs textes de Tolkien sur le mythe de Tuor présentés chronologiquement et commentés. 

Cette présentation est toujours intéressante (pour voire l’évolution de l’histoire) mais j’ai trouvé ça un peu moins pertinent que pour le Beren et Luthien car il me semble qu’il y a moins de versions différentes et surtout il n’y a pas les version « en vers » qu’on a pour Beren et Luthien (et qui serait impossible à intégrer autrement que dans une compilation de texte). 

2 Un mythe fondateur

Au niveau de l’histoire, on est sur une des trois grande histoires du premier age. Tuor (le papi d’Elrond pour ceux qui essaierait de raccrocher les wagons avec le Seigneur des Anneaux), un homme du nord, devient messager du Vala Ulmo (une sorte de dieu de la mer) pour aller prévenir les elfes du dernier royaume elfe encore à peu près debout (Gondolin) que la fin approche.

Il y a deux morceaux principaux dans l’histoire (qui sont chacun détaillé dans une version du texte et laissé à l’état de brouillon dans les autres): le cheminement de Tuor vers Gondolin (ambiance cheminement initiatique du rôdeur solitaire) , et la chute de Gondolin en elle même (ambiance grosse baston épique).

A cela s’ajoute l’épilogue de l’histoire (l’histoire d’Earendil, le fils de Tuor) qui est plutôt important vu que c’est la résolution du conflit central du 1er age. 

On est donc bien sur une histoire qui a un rôle centrale dans la mythologie de Tolkien. Auquel s’ajoute un autre élément important: c’est à priori un des premiers textes sur lesquels il a commencé à travailler (en 1917) donc on peut considérer que c’est vraiment « fondateur ». 

3 Des histoires à écrire

Bon et alors c’était bien ? bah … oui bof.

3.1 Un bouquin pour les fans

On va dire qu’en fan de Tolkien, perso j’ai aimé le bouquin. Il y a un côté un peu « savoir encyclopédique » qui fait toujours plaisir en lisant ce genre de trucs pour avoir toutes les versions de l’histoire. C’est un peu une sorte d’exégèse, que perso je kif, même si c’est clairement du fan-service. Par contre je recommanderait pas à ceux qui ne sont pas fan. 

Je pense que ce qui manque le plus c’est une composante un peu plus « tragique » dans l’histoire. Autant dans Beren et Luthien les deux héros doivent faire face à un amour impossible, et dans Les enfants de Hurin, Turin fait face à un destin impitoyable, autant là Tuor c’est un peu le blond à qui tout réussi. 

Du coup prise juste pour elle même l’histoire est franchement pas top. 

3.2 Un peu plus de tragique ?

Pourtant l’histoire aurait des possibilité d’être raconté différemment pour la rendre plus tragique. C’est un peu ce qui est amorcé dans la dernière version sur laquelle Tolkien a travaillé : le focus est sur le trajet de Tuor jusqu’à Gondolin et pour le coup on sens bien qu’il en chie un peu (ce qui rend le trajet plus intéressant). 

Il aurait été intéressant de développer cette narration, avec un Tuor qui fait face à une mission presque trop grande pour lui. Peut être même pousser un peu plus loin et en faire un héro malgré lui, qui se questionne plus sur son rôle et sa légitimité (aspect qui n’apparaisse pas vraiment là). 

3.3 Gondolin: Opposing Force

Ou peut être que l’histoire aurait pu être raconté d’un point de vue complètement opposé: centré sur le personnage de Maeglin (qui est un peu le sale traître de l’histoire). Là pour le coup son histoire à lui elle est bien tragique comme il faut et adopter son point de vue donnerait quelque chose d’assez intéressant je pense: 

Le mec est moche, né dans un contexte familiale « un peu » merdique (son père est un elfe noir qui avait plus ou moins enlevé sa mère et qui a fini par la buter sous ses yeux), il réussit plus ou moins à se faire une place à la cour de Gondolin quand bam voilà le blond Tuor qui arrive et qui pique la gonzesse dont le pauvre Maeglin était amoureux. 

Le gars a le seum, pour se consoler il se concentre sur son hobby de forgeron (comme papa) et va chercher des minerais au confins du royaume. Pas de bol, il est capturé par Morgoth, il achète sa liberté en trahissant Gondolin. Mais loin de le sauver, on peut ensuite imaginer comment il vit ensuite dans l’angoisse et le remord l’attente de l’assaut de Morgoth sur Gondolin. Finalement il périt de la main de Tuor dans la chute de la ville, et on peut presque dire que vu sa vie de merde jusque là ça serait presque un soulagement pour lui. 

3.4 Un mythe qui appelle réécriture 

Au final je dirais que ce que Tolkien a bâtit sur le premier age n’est clairement pas une histoire, ni même un ensemble d’histoires, mais plutôt une mythologie. Si on prend les choses ainsi, le livre est réussi : il présente des éléments essentiels du mythe.

Reste maintenant à faire vivre ces mythes. Je crois que ce que j’aimerai vraiment voir c’est un paquet d’auteurs de Fantasy (et peut être de SF, où même des romanciers plus classiques) qui reprennent chacun un morceau du Silmarillion pour le ré-écrire à leur sauce. En conservant l’histoire globale, mais en variant les formes et les points de vues.

Bon voilà, à mon avis c’est pas prêt d’arriver, mais je crois que c’est ce qui aujourd’hui servirait le plus cette mythologie et lui permettrait de survivre. 

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