The Coming of Conan The Cimmerian – Robert E. Howard

The Coming of Conan The Cimmerian – Robert E. Howard

Je me suis récemment mis en tête de lire, ou relire certains classiques de la Fantasy. Dans cette quête des sources de l’Heroic Fantasy, le premier à tomber sur ma liste est Conan, avec le recueil de nouvelles The Coming of Conan the Cimmerian

Cette édition présente les nouvelles de Conan, dans l’ordre de leur écriture ainsi que quelques notes et brouillons qui éclairent un peu l’œuvre de Robert E. Howard. C’est un joli bouquin avec des illustrations pour chaque nouvelles et un travail d’édition assez soigné. C’est aussi le premier volume d’une série de 3 consacré à Conan.

1 Fantasy et Fantastique

Au final j’ai assez apprécié ce livre, je l’ai lu en anglais, et j’ai trouvé ça plutôt relativement bien écrit à mon gout. D’ailleurs j’ai eu quelques petites recherches de vocabulaire à faire, ce qui m’arrive quand même assez rarement sur les livres en anglais (donc j’en déduis que globalement le vocabulaire est plutôt riche).

Avec Conan, on est face à un univers qui donne envie. Il est vaste, mystérieux et parfois étrangement familier. Perso, je suis assez client. Pour moi c’est ce qui fait de la bonne Fantasy : l’envie de s’immerger dans l’univers, de le découvrir, de le rêver (c’est pas pour rien que mon principal projet perso est avant tout un « univers » de Fantasy).

Ma surprise a été de retrouver des éléments d’histoire qui tirent plutôt sur le Fantastique.

Pour définir rapidement ce que j’entends par là : la Fantasy (ou Merveilleux) c’est lorsqu’une histoire nous plonge dans un univers entièrement imaginaire (ex. Tolkien), le Fantastique c’est lorsqu’une histoire fait soudain apparaître des éléments surnaturels, en laissant parfois un doute sur leur existence réelle (ex. Edgar Poe, Lovecraft…).

Donc dans Conan on retrouve un peu ce côté presque fantastique avec souvent l’irruption d’éléments surnaturels (magie, monstres) dans le récit comme des choses anormales et presque horrifiantes. J’ai trouvé ça plutôt cool. Pour le coup on ressent vraiment une influence forte de Lovecraft (qui échangeait avec Robert E Howard au moment de l’écriture de Conan).

2 La marque du format

Une des principales limites que j’ai trouvé à ce recueil de nouvelles c’est qu’on sent un peu trop la marque du format. C’est-à-dire des nouvelles formatées pour être acceptées et publiées dans le magazine Weird Tales.

Cela donne un côté assez standardisé à chaque histoire, ou on retrouve toujours des éléments récurrents qui finissent par être répétitifs :

  • L’apparition de Conan (souvent avec une description crypto-gay)
  • Une jeune fille victime qui va bien souvent se retrouver bien court vêtue. 
  • Un méchant qui manipule la magie ou le fantastique
  • Conan qui gagne en jouant tout sur son physique bestial et sauvage.

Au bout de quelques histoires, j’en suis vraiment venu à regretter et à subir cette trame entendue, tout en me consacrant alors sur ce qui fait l’intérêt pour moi : l’univers autour.

Je pense que c’est en bonne partie due au format magazine et, assez prosaïquement, au besoin de manger de l’auteur (qui a donc dû enchainer une recette simple qu’il savait efficace commercialement).

D’ailleurs il est un peu triste de constater qu’à mon goût, le brouillon refusé de la nouvelle « The Phoenix on the Sword » (qui est inclus dans le livre) est pour moi meilleur que la version publiée officiellement. On y trouve un peu plus de profondeur du personnage de Conan et de l’univers qui disparait dans la version finale.

3 Barbarie et civilisation

Un autre aspect qui est un peu lourd c’est aussi la redondance du thème de la supposé supériorité de la « barbarie » sur la « civilisation ».

On le trouve illustré de façon bien lourdingue dans la suprématie systématique de Conan dans toutes les confrontations physiques. En combat, le gars est juste imbattable, quelques soit le nombre ou la qualité des ennemis. Ça en devient vraiment lourd parce que très prévisible, aucun suspens dans les combat.

C’est encore une fois, je pense, lié au format : la victoire de Conan est une allégorie de la supériorité de la « barbarie pure » sur la « civilisation dégénérée » qui est le grand thème de ces nouvelles. Et l’auteur le reproduit à chaque fois, comme si on n’avait pas lu les nouvelles précédentes. 

Après c’est d’autant plus lassant que c’est quand même une vision assez datée de ce qu’est la « civilisation ». Le barbare solitaire, n’est qu’une construction mythologique fantasmée de la civilisation, qui est finalement assez absurde. Et c’est vrai qu’aujourd’hui on aimerait avoir un truc un peu plus fin à lire sur les « barbares ».

4 Pas ouf mais fondateur

Donc voilà au final, une impression assez contrastée.

Oui clairement c’est fondateur. L’univers « Sword & Sorcery » est chouette, le côté fantastique bien sympa, et on aimerait s’immerger encore dans ce monde. J’ajoute que certaines nouvelles sont vraiment très très chouettes et que globalement (même s’il a ses limites) j’aime bien ce format « nouvelles » (comme je l’avais dit dans ma critique de Janua Vera ou du Sentiment du Fer par exemple).

Oui c’est culte, même si le côté bourrin inarrêtable de Conan, qui court moitié nu dans la steppe, épée en main est un peu fatiguant à la longue, ça reste quand même un archétype de personnage sympathique.

Mais bon, je suis un peu resté sur ma faim concernant l’univers, l’absence de personnages secondaires un peu plus développés et de nuances (bon en même temps, oui j’avoue que s’étonner de pas avoir un truc nuancé en lisant Conan, c’était peut-être un peu prévisible).  

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