Chasse Royale – Jean Philippe Jaworski

Chasse Royale – Jean Philippe Jaworski

Après avoir beaucoup aimé Même pas mort, je me suis récemment enchainé la suite: les 4 tomes de Chasse Royale de Jean Philippe Jaworski. Je me suis donc lancé dans une lecture en mode « binge reading » pour plonger pleinement dans l’univers. Et c’était vraiment une chouette expérience, je vous raconte ça! 

1 Roi du Monde

Chasse Royale c’est la suite directe de « Même pas mort », et la seconde partie du cycle Roi du Monde. A l’heure ou j’écris ça, on attend la troisième partie du cycle.

On retrouve le même personnage principal : Bellovèse, fils de Sacrovése, le guerrier celte et ses allégeances troublées entre Turons et Bitturige. L’histoire se déroule une dizaine d’année après Même pas mort mais on retrouve la plupart des personnages.

On retrouve aussi l’ambiance celtique et cet univers vraiment dépaysant, avec le rôle de la magie (ou des superstitions selon comment on l’interprétera) et les castes des druides et des bardes.

Enfin, il y a le style de Jaworski, que personnellement j’affectionne beaucoup (et j’en avais déjà parlé pour Janua Verra ou le Sentiment du Fer).

Bref, pour tout ces éléments, pas vraiment de surprise. Et c’est plutôt tant mieux parce que c’est une excellente recette pour passer un bon moment.

Histoire d’en profiter pleinement, j’ai lu les 4 livres d’une traite, avec des sessions parfois un peu intenses. De façon assez prévisible, j’ai vite été totalement accro. Autre effet positif, en lisant les 4 livres d’un coup, c’est bien plus facile de garder en tête le nom et l’histoire des différents personnages.

2 De meute à mort

Le premier tome permet de se remettre assez bien et rapidement dans l’ambiance que j’avais quitté il y a quelques mois.

On patauge un peu dans la boue et le sang. On retrouve aussi le sacré et sa part d’horreur, les rites, coutumes, superstitions et interdits de cette société celtique fantasmée. La puissance d’évocation de Jaworksi est intacte. Il s’en sert pour nous immerger dans un monde à la fois brutal et organique, à la fois étranger et pourtant si proche, si possible.

Ce premier tome est aussi celui de la mise en place de l’intrigue et de ses enjeux. Les présages et échanges avec le divin y ont un rôle important. Ils permettront de comprendre, voir même de deviner une partie de l’intrigue à venir.

A ce stade, on reste quand même sur un récit assez autonome qui pourrait être lu sans ses suites. Mais l’accélération bien épique de la seconde partie du livre est normalement suffisante pour planter l’hameçon suffisamment profond et il va falloir enchainer la suite !

3 Les grands arrières

Dans le second tome, on sent que Jaworski a décidé de prendre plus son temps. La série est lancée, on est accroché. Alors maintenant on va prendre un peu de temps pour donner un peu plus de relief et de contexte, construire dans la durée.

On a donc un retour sur l’historique de certains protagonistes. Cela permet de donner du background à l’histoire. Et d’ailleurs en ça le titre colle bien : on va littéralement à l’arrière, dans à peu près tous les sens du terme.

C’est aussi un volume qui permet l’apparition du délicieux personnage de Sacrila. Un ajout qui vient clairement apporter un peu de diversité et d’intérêt autour du perso de Bellovèse et ses comparses guerriers.

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Enfin c’est peut-être aussi le point de bascule vers de la fantasy qui s’opère complétement dans ce volume. Si jusqu’ici on pouvait considérer que le « surnaturel » n’était que croyances et superstitions, ça va devenir un poil plus compliqué à partir de là, et il sera plus simple d’accepter la magie.  

4 Percer au fort

Logiquement et comme le titre l’indique, avec percer au fort, on revient à l’action aussi brutale que possible. C’est le retour au monde du héros. Un retour qui est forcément progressif, de l’infiltration au combat ouvert.

Cela donne à nouveau lieu à des passages bien épiques. Le passage du siège est plutôt réussi, l’occasion de changer un peu les conditions du combat. Les personnages secondaires (Sacrila, Albios, Mapillos) sont très réussis. On regretterait presque d’en avoir pas plus de leur point de vue.

Enfin c’est aussi le volume du paroxysme de la lutte fratricide. C’est un vrai point de non-retour qui donne forcément un goût doux-amer plutôt réussi.

4.1 Curée chaude

Enfin viens Curée Chaude, pour clôturer ce cycle. Le livre alterne entre une phase de voyage et une grande bataille rangée pour tout (ou rien) résoudre.

Il s’agit de la première vraie grande bataille du récit, qui dépasse le seul affrontement entre deux bandes. Pour le coup j’ai été un poil déçu par certains aspects de la bataille. Le combat est toujours assez bien décrit. On suit bien ce qui s’y passe (peut-être même que d’un point de vue « réalisme » on suit trop bien pour un récit qui est censé suivre un seul combattant).

Mais le point qui m’a un plus chagriné c’est qu’il n’apparait pas vraiment de grosse différence dans le combat entre cette grande bataille ou de petits affrontements. J’attendais plus d’effet de formations et de moral sur les groupes de combattants. C’est un peu présent, mais peut être trop léger. Je crois que j’aurais bien aimé avoir un récit qui marque que dans un combat organisé, dépassant la rixe, le combat change complétement d’aspect.

Bon après je pinaille, ça reste très efficace en termes de récit épique.

Enfin vient la conclusion et le final plot twist, qui n’en est pas vraiment un vu qu’il est assez prévisible (puisque annoncé par les présages). D’ailleurs pour la toute fin, j’ai presque été surpris que ça soit « juste ça ». Je m’attendais à bien plus horrible (il faut croire que je suis un scénariste plus tordu que Jaworski).

5 Chasse royale

Alors, au final, dans l’ensemble ça dit quoi cette série Chasse Royale ?

Et bien pas vraiment de surprise sur les qualités du bouquin : ca se lit très bien, même si le vocabulaire demande parfois quelques recherches pour vraiment profiter du livre (mais bon après tout c’est bien, on apprend des trucs). Le style est toujours aussi efficace pour nous immerger dans ce monde imaginaire.

Après les critiques serait les même que celle que j’avais fait pour Même pas mort : le point de vue trop centré sur un seul personnage. C’est clairement un choix, mais cela me plait moins que les versions plus polyphoniques de récit.

Maintenant, j’attends évidemment la suite de la trilogie et la conclusion de l’histoire de Bellovèse. Et peut être aussi (ça serait très cool) une version Jeu de Rôle de cet univers (puisque Jaworski sait aussi faire ce genre de chose…).

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